Comment réussir aux concours au Burkina Faso
Cinq conseils concrets d'un ancien candidat devenu ingénieur : du dépôt du dossier à l'affichage des résultats au Building Lamizana.
Au sommaire
Les 5 conseils en bref
- Déposez votre dossier vous-même. Les légalisations, la recherche du lieu de dépôt et le dépôt lui-même forgent la détermination et font mesurer la concurrence réelle.
- Traquez l'information. Renseignez-vous en permanence sur les concours ouverts, les dates et le contexte national plutôt que d'attendre que la nouvelle vienne à vous.
- Déposez plusieurs dossiers. Les tests d'un nouveau genre sont souvent reconduits d'un concours à l'autre : celui qui compose plusieurs fois s'améliore à chaque épreuve.
- Repérez votre centre avant le jour J. Une reconnaissance des lieux la veille évite la course folle et l'arrivée essoufflée en salle.
- Préparez-vous à l'attente. La période entre la composition et la proclamation est longue et éprouvante : anticipez-la mentalement.
Pour réussir aux concours, il y a non seulement le travail, la chance et d'autres choses… Quand je dis d'autres choses, je ne parle pas de « wack » ou de « gris-gris », mais de la manière dont le candidat aborde son concours, depuis le moment où il a eu la volonté de déposer ses dossiers jusqu'au jour de la composition.
1. La composition du dossier
Pourquoi il faut se déplacer soi-même, quitte à y passer la journée.
La phase de composition du dossier était bien un calvaire pour les candidats, et de nos jours elle le demeure. Néanmoins, le candidat qui veut réussir à son concours doit impérativement déposer lui-même son dossier.
En effet, que ce soit les légalisations, la recherche du lieu de dépôt ou le dépôt à proprement parler, cela doit être fait par le candidat lui-même. Ainsi, en voyant le nombre de candidats dans les services de légalisation et de dépôt — un nombre assez ahurissant — le candidat comprend qu'il n'est pas le seul et que des milliers d'autres convoitent la même place. Cela le motivera à travailler beaucoup plus.
En patientant sous le soleil pendant des heures, le candidat prendra conscience qu'il lui faut sortir de là, pour que l'année prochaine il ne se retrouve pas encore dans la même situation, à faire les mêmes choses. Les corvées des concours, loin d'être pénibles à mon avis, édifient les esprits forts.
Au Burkina, pour réussir à un concours, il faut aller au charbon.
Je me rappelle encore qu'il y a quelques années, l'on veillait et l'on se battait souvent sous le soleil et sous la pluie pour pouvoir déposer un dossier de concours que l'on n'était même pas sûr d'obtenir. Pour celui qui veut vraiment réussir, il faut éviter les facilités.
Par exemple, confier son dossier à son mari, à son frère ou à ses parents, ou même payer quelqu'un pour qu'il fasse la file à sa place : à cet âge, on doit tout de même se débrouiller pour ces choses-là. Sinon, cela dénote d'une absence de volonté et de détermination.
Pour ceux qui sont malades pendant cette période ou réellement empêchés, qu'une tierce personne accomplisse ces démarches se comprend aisément. Pour ceux qui vivent dans les provinces, les départements ou les villages, cela se comprend également.
Repérez votre centre avant le jour J
Il serait judicieux d'aller sonder le terrain avant le jour des épreuves, pour éviter une course folle à la recherche du centre de composition. On a vu des candidats courir dans ce grand Ouagadougou à la recherche de leur centre, d'autres arriver essoufflés et trempés de sueur dans leur salle, et certains ne jamais trouver la leur.
2. La recherche de l'information
Le candidat doit traquer l'information, et non l'inverse.
Pour réussir véritablement aux concours, il faut être un brillant stratège. C'est comme au PMU'B : il y a de grands stratèges qui y jouent. Le candidat qui veut réussir doit traquer l'information, et non le contraire. Il doit donc éviter les questions du genre : « C'est quels concours ils ont lancés même ? »
Il doit être aux aguets de toutes les rumeurs les concernant, en se renseignant sans cesse, car bien souvent rien ne sort de la bouche de l'homme au hasard. Il doit aussi être un brillant analyste de la situation politique nationale. Je vous explique : nous savons tous que la situation nationale influe sur les questions posées aux concours, et surtout sur la date de composition. En matière de situation, l'université est son baromètre.
En effet, tous les événements qui ont lieu à l'université peuvent, si l'on n'y prend garde, influer sur la réussite du postulant. En 2008, je disais aux candidats que j'encadrais de beaucoup travailler, parce qu'il y aurait des étincelles aux concours : ça allait être serré. La raison ? L'université était fermée, et les étudiants, qui n'avaient plus rien à perdre, allaient se lancer dans un « Boileau » terrible pour réussir aux concours. Et quand un étudiant bosse, ça bosse vraiment.
Une situation qu'un ami a exploitée, et qui lui a porté chance, vient également d'une bonne lecture du contexte universitaire. Cette année-là (2004-2005), il venait de valider son année en juin. Il était donc en province, peinard, en train de se préparer. Il attendit la date des concours en vain, et le mois de septembre arriva. Or il savait que c'est en septembre que se compose la session, et que les concours ne pouvaient pas ne pas avoir lieu en septembre, puisqu'en octobre c'est la rentrée des classes — ce qui aurait posé un problème d'organisation.
Il avait ainsi décelé un avantage sérieux : la date de composition des concours coïnciderait avec celle de la session de septembre. Beaucoup de candidats seraient donc obligés de choisir, et ils choisiraient sûrement la session — là, au moins, ils sont sûrs que s'ils travaillent bien, ils ne redoubleront pas. Il suffisait alors de fournir un peu plus d'efforts aux épreuves stratégiques, et le tour était joué.
3. Le nombre de concours à déposer
Pourquoi multiplier les candidatures est une tactique, pas de la dispersion.
Vous pouvez aimer une profession, mais la vie nous réserve souvent des surprises : l'homme, s'il le veut, peut tout faire. Lors des dépôts de dossiers, je conseille aux postulants de déposer le maximum de dossiers. Même si vous n'avez que le CEP, déposez suffisamment de dossiers de concours de ce niveau. Il y en a plein, même si très fréquemment les questions posées dépassent largement ce niveau. Et si vous avez la maîtrise, alignez les concours du niveau CEP jusqu'à la maîtrise — non pas pour réussir forcément à tous, mais tout simplement par tactique.
Cette astuce, qui consiste à déposer plusieurs dossiers, a plusieurs avantages dans notre pays, mais elle ne manque pas non plus d'inconvénients. On a remarqué que lors des concours de la Fonction publique, les tests proposés aux candidats, s'ils sont d'un nouveau genre, sont les mêmes que ceux reconduits les jours suivants aux autres concours. Le candidat qui a croisé un premier test qu'il n'a pas compris prendra tout son temps pour chercher à le maîtriser, au cas où on le lui présenterait dans un autre concours. Il aura eu la chance de se préparer et de l'affronter — chance que celui qui n'a déposé qu'un seul dossier n'aura pas. Par ce stratagème, il réussira haut la main à un concours, voire à plusieurs à la fois.
Le revers de la médaille est qu'il peut y avoir une coïncidence de dates le jour de la composition. Il faudra alors choisir, et je vous laisse choisir. Néanmoins, ce dont vous pouvez être sûr, c'est que si vous avez déposé dix dossiers, vous aurez toujours la possibilité de composer plus de cinq concours — et c'est déjà pas mal. Car comme on le dit : qui ne risque rien n'a rien. En risquant quelques sous, vous pourrez décrocher un emploi.
4. De l'attente aux résultats
La guerre n'est pas finie après la composition.
Maintenant que les résultats tombent, je vais laisser quelques lignes sur l'attente des postulants aux différents concours de la Fonction publique, jusqu'au jour de l'affichage des résultats au Building Lamizana. Il s'agit ici de l'expérience de quelques amis, et de la mienne aussi.
Après la composition, la guerre n'est pas encore finie chez le postulant qui n'a d'autre salut que de réussir à un concours au moins. Il reste toujours des séquelles de guerre — que dis-je, des séquelles de concours. Sa nuit est peuplée de rêves étranges et profonds, des rêves de réussite ou de défaite, en tout cas beaucoup plus les premiers que les seconds, quel que soit l'effort fourni pour répondre aux tests psychotechniques et aux tests de niveau.
Les années passées, quand on ne connaissait pas la date de publication, il n'était pas rare de voir chaque jour défiler un monde à la recherche de la moindre nouvelle affiche collée. Il fallait souvent parcourir des dizaines de kilomètres pour venir constater qu'il n'y avait aucune information. À l'époque, la proclamation des résultats se faisait fréquemment dans les premiers mois de la rentrée scolaire. Ces résultats étaient capitaux : ils permettaient à chacun de savoir s'il continuerait à payer la scolarité, ou si cette année, au lieu de payer, c'est lui qui serait payé — car une fois admis au concours, on a droit à un pécule.
Il n'était pas rare de voir certains élèves, confiants qu'ils réussiraient cette année-là, dépenser la scolarité que les parents avaient trimé pour réunir, puis constater leur déroute.
On rêvera que l'on touche son premier pécule, que l'on est dans une nouvelle école de formation de son choix, que pour la première fois on nous respecte. On rêvera au premier vélo que l'on va se payer, ou à la première moto, aux conditions de vie qui vont changer. On rêvera que pour la première fois, on aide ses petits frères et sa famille au village, eux qui n'ont jamais cessé de nous soutenir. On rêvera d'offrir un cadeau à sa mère — une cuvette, une bassine, un pagne. On rêvera au premier bijou que l'on offrira à sa fiancée restée au village. On rêvera de ces bons rêves, ces rêves que l'on voudrait voir se réaliser, ces rêves que l'on a du mal à accepter comme tels, ces rêves qui nous font tant de bien, qui nous font planer, qui nous font espérer, qui nous font croire.
Mais très vite, on se rendra compte que ce ne sont que des rêves, et il faudra s'y faire pour ne pas s'y perdre. Pour tout vous dire, l'attente sera longue et les nuits bien agitées pour la plupart des postulants : ceux qui n'ont d'autre choix que la réussite aux concours, ceux qui n'ont plus d'autres « sources d'espérance ». Pendant ce temps, les rumeurs iront bon train quant à la date de la prochaine proclamation.
5. Les résultats
Ces résultats qui libèrent ou qui enchaînent.
Pour la majorité des postulants, dans les années antérieures, les résultats des concours de la Fonction publique étaient connus par surprise, par hasard. Heureusement, les choses s'améliorent au fil des ans — maturité et expérience obligent.
Ainsi, comme à l'accoutumée, le postulant qui, las d'attendre, faisait des crochets incessants au Building Lamizana découvrira un jour, en venant chercher des nouvelles, un attroupement anormal devant les affiches de ce grand bâtiment administratif. Son cœur se crispera sur-le-champ, car il sait que les résultats sont affichés et qu'il devra affronter ses peurs pour connaître enfin ce qu'il a tant attendu : ces résultats qui libèrent ou qui enchaînent, ces résultats qui soulagent ou qui déçoivent, ces résultats si près et si effrayants.
Courageux, puisqu'il n'a d'autre choix que d'affronter la situation, le postulant se mêlera à la foule déjà présente et cherchera une petite place pour lire les entêtes des concours — car il faut le dire, ces jours-là sont des jours de grande affluence. Suivez plutôt Benjamin, venu voir ses résultats. Et n'ayons pas honte : chacun de nous a eu sa période de traversée du désert.
Le récit de Benjamin
Une soirée au Building Lamizana, entre désespoir et délivrance.
Témoignage
Ce soir-là, Benjamin prit son tacot, qu'il pédala difficilement pour rejoindre Kilwin, à la Zone des Ministères. Oh, combien ce vélo l'a soutenu dans ces moments difficiles ! Ce vélo qui le comprenait si bien, qui connaissait sa situation, qui crevait là où il fallait, et qui ne l'a jamais déçu. Il arriva au Building et trouva un coin pour son vélo dans un parking de circonstance. Le prix du parking : cinquante francs. Il négocia et obtint une réduction à vingt-cinq francs, acceptable pour un vélo, puis réussit à se faufiler dans la foule pour arriver à la première affiche : Contrôleur des Douanes.
Comme il n'avait pas participé à ce concours, il lui fallut sortir de ce groupe pour aller voir d'autres affiches. Il réussit tant bien que mal à s'extirper de la masse compacte qui s'était formée derrière lui. Pour ne pas subir le même sort qu'à la première affiche, il se renseigna auprès d'un ami pour savoir où l'on pouvait lire le résultat des Techniciens Supérieurs en Génie Civil. L'endroit lui fut montré. Il eut encore plus peur qu'avant, car là-bas se trouvait son résultat, sa situation. Il parvint tout de même à s'approcher, puis, d'un coup d'œil comme il en a l'habitude avec les tests psychotechniques, il ne vit rien.
Avait-il échoué ? Il regarda la liste d'attente et ne vit rien non plus. Cette fois-ci, il avait complètement échoué ! Quel malheur, quelle misère. Il repensait déjà à toutes ces heures de travail, tous ces mois de privations et de prières, toute cette concentration, toute cette souffrance, toutes ces humiliations. Quel désespoir, quelle malchance ! Il rumina toute sa vie, immobile, devant cet écriteau plein de noms inconnus.
Il se résolut à accepter sa défaite, car il comprenait que les candidats étaient nombreux et que, même s'il était parmi les plus intelligents de son village, il était loin derrière à Ouagadougou, et plus loin encore à l'échelle du Burkina Faso. Il accepta que les autres fussent plus forts que lui et décida de partir, quand tout à coup son voisin s'écria : « Je suis admis au concours des Assistants aux Affaires Économiques ! Je suis admis, Dieu soit loué ! » Assistants aux Affaires Économiques ? « Je n'étais donc pas à la bonne affiche ! Dieu soit loué, j'ai encore une chance ! », s'écria-t-il à son tour.
Pendant que son voisin jubilait, Benjamin sortit du groupe et respira profondément. Comme en pareilles circonstances, il pria beaucoup Dieu de l'aider à avoir un concours, rien qu'un concours. Il se renseigna encore, et on lui indiqua une autre affiche. Il se dit que cette fois-ci, la première chose qu'il ferait serait de lire l'intitulé du concours. Arrivé devant, il commença ainsi : « … sous réserve d'un contrôle approfondi, les candidats… de 10 Techniciens Supérieurs en Génie Civil ». Il se rapprocha et lut. Son souffle se coupa.
Il criait ; enfin, il hurlait, il piétinait, bousculait ses voisins, remerciait Dieu. Il venait d'être admis au concours des Techniciens Supérieurs en Génie Civil, chose qu'il n'espérait plus un instant auparavant. Il sortit du groupe, chanta sa réussite à qui voulait l'écouter, puis revint brusquement sur ses pas pour s'assurer qu'il avait bien lu la bonne liste, c'est-à-dire celle des admis et non la liste d'attente.
Ses doutes se dissipèrent : il revit son nom à sa place, autrement dit sur la liste des admis. Il s'assura que c'était bien de lui qu'il s'agissait en vérifiant dix fois le numéro de sa carte d'identité et celui de son récépissé de dépôt de dossier. Il accepta que c'était bien lui. Il enfourcha son vélo et partit annoncer la bonne nouvelle au monde entier. En chemin, il se sentit léger : ce vélo qu'il avait souvent toutes les peines du monde à pédaler roulait maintenant comme s'il avait un moteur, rapide et fluide.
En circulation, Benjamin se sentit important — normal, puisqu'il venait de décrocher un concours. Il faisait très attention à ces taximen qui provoquaient pas mal d'accidents : se faire écraser au soir d'une réussite si grande, Benjamin ne comptait pas se laisser emporter ainsi. Il comptait bien profiter du fruit de son travail. Ce jour-là fut un jour de grande prudence pour lui. Mais quand il arriva au rond-point du 2 octobre, Benjamin se demanda s'il ne rêvait pas.
Ah, encore ces maudits rêves qui le torturaient tout le temps ! Il se pinça pour s'assurer que c'était bien lui, et il sentit la douleur. Mais il se rappela ses cours de psychologie, selon lesquels une envie très forte peut créer cet état de rêve éveillé. Il se dit que rien ne lui coûterait d'aller vérifier encore, car ce ne serait jamais à son honneur d'annoncer à la famille une fausse nouvelle. Il repartit de plus belle à l'assaut du Building Lamizana et vit que son nom était là, toujours à la même place, avec les mêmes numéros. Cette fois, c'était vraiment vrai : il venait de réussir au concours.
Il donna la bonne nouvelle à son oncle et appela au village pour transmettre la même information. Quelques jours après, son frère l'informa qu'il avait entendu son nom à la radio pour un autre concours, celui des Préparateurs d'État en Pharmacie. Mais pour Benjamin, cela n'avait plus d'importance, puisque son choix était déjà fait. Néanmoins, jusqu'à la rentrée, Benjamin ne cessa de faire de ces rêves d'avant et d'après proclamation des résultats.
Questions fréquentes
Ce que demandent le plus souvent les candidats.
Faut-il vraiment déposer son dossier de concours soi-même ?
Oui, sauf empêchement réel comme la maladie ou l'éloignement géographique. Se déplacer soi-même pour les légalisations et le dépôt permet de mesurer concrètement la concurrence et renforce la détermination à travailler.
Combien de concours faut-il déposer la même année ?
Le maximum compatible avec votre niveau de diplôme. En déposant une dizaine de dossiers, vous composerez généralement plus de cinq concours, ce qui multiplie vos chances et vous fait progresser d'une épreuve à l'autre.
Pourquoi déposer plusieurs dossiers améliore-t-il les résultats ?
Parce que les tests d'un nouveau genre sont souvent reconduits d'un concours à l'autre dans les jours qui suivent. Le candidat qui a déjà rencontré un test peut le travailler et le maîtriser avant de le retrouver à l'épreuve suivante.
Que faire la veille du jour de la composition ?
Repérer physiquement son centre de composition. Cette reconnaissance évite d'arriver essoufflé ou de ne pas trouver sa salle, deux situations couramment observées à Ouagadougou le jour des épreuves.
Comment gérer l'attente des résultats ?
En sachant qu'elle sera longue et éprouvante, et en évitant d'engager des dépenses sur la foi d'une réussite non confirmée. Le jour de l'affichage, vérifiez toujours l'intitulé du concours avant de chercher votre nom, puis contrôlez votre numéro de pièce et de récépissé.
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